Une bonne politique monétaire est indispensable au bon fonctionnement de l'économie. Si elle est trop expansionniste, elle génère de l'inflation, ce qui nuit à l'efficience de l'économie et à la croissance. À l'inverse, une politique monétaire trop restrictive peut être à l'origine d'une sévère récession au cours de laquelle la production baisse et le chômage augmente. Plus grave encore, elle peut provoquer la déflation - chute de niveau général des prix- , comme ce fut cas aux États-Unis lors de la Grande Crise, en France dans les années 1930, ou au Japon plus récemment. La déflation peut occasionner de sérieux dégâts dans une économie, parce qu'elle crée une instabilité financière et peut même générer des crises. Dans ce sens, les objectifs d'une politique monétaire sont :
La stabilité des prix
Depuis une bonne vingtaine d'années, les autorités de politique économique sont conscientes des coûts économiques et sociaux de l'inflation et accordent de plus en plus d'importance à la stabilité des prix. Celle-ci, définie par les banques centrales comme une inflation basse et stable, est de plus en plus considérée aujourd'hui comme l'objectif prioritaire de la politique monétaire. Elle est souhaitable parce qu'une augmentation continue du niveau général des prix -inflation- crée une incertitude dans l'économie qui peut être préjudiciable à la croissance économique. Par exemple, en cas de variation importante du niveau général des prix, l'information transmise par les prix des biens et des services est plus difficile à interpréter. Cela vient compliquer les prises de décision des ménages, des entreprises et des pouvoirs publics, ce qui rend le système financier moins efficient.
- Non seulement les enquêtes d'opinions révèlent une forte hostilité du public à l'inflation, mais de nombreuses études empiriques montrent que l'inflation pénalise la croissance. L'hyperinflation- comme celle a été observée dans un passé récent en Argentine, au Brésil et en Russie- est un cas extrême d'instabilité des prix. Elle s'est avérée désastreuse pour le fonctionnement de leurs économies.
- L'inflation complique aussi la prise de décisions pour le futur. Par exemple, dans un environnement inflationniste, il est plus difficile de déterminer le montant des sommes à mettre de côté pour financer des dépenses de santé ou d'éducation. En outre, l'inflation peut nuire à la paix sociale : elle peut générer des conflits entre les groupes sociaux, chacun cherchant à s'assurer que son revenu augmentera avec le niveau général des prix.
Même si la stabilité des prix est l'objectif prioritaire de la plupart des banques centrales, elles s'intéressent aussi à la lutte contre le chômage, à la croissance économique, à la stabilité des marchés financiers, à celle des taux d'intérêt et à celle des marchés des changes.
La lutte contre le chômage
La lutte contre le chômage est un objectif important pour deux raisons : (1) un taux de chômage élevé est à l'origine de nombreux problèmes sociaux - des ménages se retrouvent alors confrontés à de sérieuses difficultés financières; on lui attribue aussi, même si cela est controversé, une hausse de la criminalité; (2) quand le taux de chômage est élevé, l'économie a non seulement une main-d'œuvre inemployée, mais aussi des ressources- unités de production ou équipements-inutilisés, d'où une perte de production ( un PIB faible)
S'il est clair que la lutte contre le chômage est un objectif souhaitable, comment définir cet objectif avec précision ? On fait souvent référence à la recherche du plein-emploi. À première vue, on pourrait dire que celui-ci correspond à une situation où aucun salarié n'est au chômage. Mais ce serait ignorer qu'une partie du chômage -le chômage frictionnel dû à la recherche de possibilités mutuellement intéressantes de la part des entreprises et des salariés - ne détériore pas le bien-être social, bien au contraire. Par exemple, un salarié à la recherche d'un meilleur emploi peut se retrouver temporairement au chômage; d'autres peuvent décider, pour une raison ou pour une autre ( élever des enfants, reprendre des études,etc), de s'arrêter temporairement de travailler, et il faut un peu de temps avant qu'ils retrouvent l'emploi qui leur convient quand ils décident de revenir sur le marché du travail.
En outre, il existe un chômage structurel correspondant à une mauvaise adéquation entre les caractéristiques des offres d'emplois et les qualifications ou les disponibilités de salariés. À l'évidence, cette forme de chômage constitue un réel problème. Néanmoins, la politique monétaire ne peut pas faire grand-chose pour lutter contre elle.
Par conséquent, on considère que le plein-emploi est réalisé non pas quand le taux de chômage est nul, mais quand le niveau de l'emploi assure l'égalité entre la demande et l'offre de travail. On dit alors que le taux de chômage est égal au taux de chômage structurel.
Même si cette définition est, à première vue, indiscutable, elle laisse sans réponse la question suivante : quelle est la valeur du taux de chômage correspondant au plein-emploi ? Dans certains cas, il est évident que le taux de chômage est trop élevé : le taux de chômage observé aux États-Unis au cours de la Grande Crise - supérieur à 20% - était beaucoup plus fort. Dans d'autres situations, il est clair qu'il est trop faible : au début des années 1960, les autorités de politique économique des États-Unis pensaient qu'un taux de chômage de 4% était un objectif de politique économique raisonnable; or, cette valeur était probablement trop basse, comme l'a montré l'accélération de l'inflation qui a suivi. D'après les estimations actuelles, le taux de chômage structurel serait aujourd'hui dans une fourchette allant de 4% à 6% aux États-Unis et de 8% à 9% dans la zone euro, mais ces estimations sont très discutées. En outre, ce taux n'est fixe qu'à court terme : les pouvoirs publics peuvent prendre des mesures - amélioration de l'information sur le marché du travail; programmes de formation, etc. - pour le faire baisser.
La croissance économique
La recherche d'une forte croissance est étroitement liée à l'objectif de plein-emploi. En effet, quand on se rapproche de celui-ci, les entreprises augmentent leurs dépenses d'équipement en capital pour améliorer la productivité, ce qui est bon pour la croissance. À l'inverse, si le chômage est élevé et le taux d'utilisation des capacités faible, les entreprises n'ont pas intérêt à augmenter leurs capacités de production et la taille de leurs équipements. Mais cela n'empêche pas la poursuite de politiques de croissance spécifiques destinées à encourager l'investissement des entreprises ou l'épargne des ménages, et ce afin d'augmenter le montant des moyens de financement disponibles. C'est l'objectif poursuivi par les politiques dites de l'offre à travers des incitations fiscales à l'investissement et à l'épargne. Le débat sur la contribution de la politique monétaire à la croissance est très animé.
La stabilité des marchés financiers
Les crises financières peuvent affecter la capacité des marchés des capitaux à transférer des fonds vers les agents à besoin de financement. ce qui peut causer un fort ralentissement de l'activité économique. Garantir un système financier stable où les crises sont évitées est donc un objectif essentiel pour une banque centrale.
La stabilité des taux d'intérêt
La stabilité des taux d'intérêt est souhaitable parce que leurs fluctuations peuvent créer une incertitude dans l'économie et rendre plus difficile la prise de décision pour le futur. Ces fluctuations influencent, par exemple, les décisions d'achats de logements des ménages : si elles sont fortes, il est plus difficile de savoir quel est le meilleur moment pour acheter, et cela complique aussi les décisions des promoteurs immobiliers sur le choix du nombre de constructions à mettre en route.
La stabilité des taux d'intérêts contribue aussi à renforcer celle des marchés des capitaux. En effet, leur variabilité crée une grande incertitude pour les institutions financières. Un mouvement de hausse des taux, s'il n'est pas correctement anticipé, peut être à l'origine de pertes importantes sur leurs portefeuilles constitués par des obligations à long terme et des garanties hypothécaires, des pertes qui peuvent parfois être suffisamment importantes pour les amener à la faillite.
La stabilité des marchés des changes
La valeur du taux de change peut être une préoccupation majeure pour une banque centrale en raison des répercussions de ses variations sur l'économie. Une appréciation de la monnaie nationale détériore la compétitivité des secteurs exposés à la concurrence internationale, alors que sa dépréciation est un facteur inflationniste. une relative stabilité du taux de change a un autre avantage : elle facilite la programmation par les entreprises et par les ménages de leurs achats ou de leurs ventes de biens futurs dans le reste du monde. Par conséquent, le lissage du taux de change - l'élimination de ses trop fortes fluctuations- est considéré comme un objectif important de politique monétaire, et cette préoccupation est d'autant plus forte que l'économie est plus ouverte.



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