Les flux de capitaux constituent l’un des éléments
importants des crises de change.
Pour éviter l’instabilité financière, des
responsables politiques et des économistes proposent de limiter la mobilité des
capitaux dans les pays émergents par des mesures de contrôle. Que doit-on
penser de cette proposition ?
Le contrôle des sorties de capitaux
Les sorties de capitaux peuvent être
une source d’instabilité financière dans les pays émergents. Des sorties de
fonds par les résidents et les non-résidents peuvent obliger un pays à dévaluer
sa monnaie. Cela explique que certains responsables politiques de pays
émergents soient favorables à l’instauration de mesures pour les contrôler. En
Malaisie, le Premier ministre M. Mahatir y eut recours, en 1998, à la suite de
la crise asiatique, pour limiter les sorties de fonds.
L’idée est apparemment bonne, mais plusieurs
raisons amènent à douter de son efficacité. Premièrement, les travaux
empiriques montrent que les contrôles sur les sorties de capitaux sont rarement
efficaces pendant une crise, car il est alors facile pour le secteur privé de
les contourner pour sortir des fonds du pays. Deuxièmement, ces travaux mettent
en évidence, dans certains cas, une plus grande volatilité des mouvements des
capitaux après la mise en place des contrôles, car ceux-ci se traduisent par
une perte de confiance à l’égard des autorités. Troisièmement, les contrôles
sur les sorties de capitaux conduisent souvent à la corruption des
fonctionnaires pour qu’ils ferment les yeux quand des résidents essaient
d’envoyer leurs capitaux à l’étranger. Quatrièmement, les contrôles sur les sorties
de capitaux peuvent laisser croire aux gouvernements que la réforme du système
financier est inutile pour faire face à la crise.
Le contrôle des entrées de capitaux
Tout en reconnaissant le bien-fondé
des critiques adressées aux mesures de contrôle des sorties de capitaux,
beaucoup d’économistes pensent qu’il peut être judicieux d’en contrôler les
entrées. L’argumentation est simple : si les capitaux spéculatifs ne
peuvent pas entrer dans un pays, alors ils ne peuvent pas en sortir brusquement
et provoquer une crise. Elle est étayée par l’analyse de la crise financière en
Asie du Sud-Est. Elle souligne que les entrées de capitaux peuvent provoquer
une envolée du crédit et une prise de risque excessives de la part des banques,
qui vont finalement déboucher sur une crise financière.
Cependant, le contrôle des entrées de
capitaux a un inconvénient : il peut bloquer l’arrivée dans un pays de
fonds qui serviraient à financer des investissements productifs. Certes, il
peut empêcher les booms du crédit dus à des flux de capitaux, mais, à la
longue, il est à l’origine de distorsions importantes et d’une mauvaise
allocation des ressources, puisque les ménages et les entreprises font tout
pour le contourner.
En outre, le contrôle des entrées de
capitaux peut développer la corruption. Il est donc très difficile de se
prononcer sur l’efficacité des mesures de contrôle des mouvements de capitaux
dans l’environnement actuel, où le commerce est libéralisé et où de nombreux
instruments financiers permettent d’y échapper.
L’efficacité d’une amélioration de la
réglementation et de la supervision bancaire, pour réduire la probabilité d’un
boom du crédit et d’une prise de risque excessive par les institutions
bancaires, est mieux assurée. Par exemple, limiter la croissance des
engagements extérieurs des banques est sans doute un bon moyen de limiter
substantiellement les entrées de capitaux. Des mesures de ce type, centrées sur
les origines de la fragilité financière plutôt que sur ses symptômes, ont
l’avantage de renforcer l’efficacité du système financier plutôt que de
l’entraver.



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